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Mardi 12 Septembre 2017Premiers secours: La France a-t-elle rattrapé son retard?
Premiers secours: La France a-t-elle rattrapé son retard?

  • Après les attentats de 2015, pompiers et Croix Rouge ont enregistré une augmentation des demandes de formations en secourisme.

  • Mais en 2015, beaucoup de responsables estimaient que la France accusait un lourd retard dans ce domaine par rapport à ses voisins.

  • Après de nombreuses opérations de sensibilisation et la grande cause nationale sur les «gestes qui sauvent», où en est la France?


 


Faire un garrot, éviter un étouffement et savoir que faire en cas de brûlure, un jeu d’enfant ? Les attentats de janvier et novembre 2015 ont révélé l’urgence de former davantage les Français au secourisme. Car notre pays est à la traîne par rapport à nombre deses voisins. Mais depuis, les formations aux premiers secours ont été prises d’assaut. A l'occasion de la Journée mondiale des premiers secours samedi, on tente de voir si l'effort a été suffisant pour combler le retard français.


 


Un engouement pour les formations


L’engouement des Français pour les différentes formations de secourisme est clair. Depuis les attentats, mais aussi les campagnes de sensibilisation et notamment la grande cause nationale sur les gestes qui sauvent, le nombre d’inscriptions a nettement augmenté.


 


En 2016, la Croix-Rouge a délivré le PCS1 (Prévention et secours civiques de niveau 1, une formation de huit heures)  à 70.000 personnes contre 55.000 en 2014. De même, les initiations, toutes confondues, sont prisées : 110.000 Français en 2016 ont suivi un cours de quelques heures. « On cumule une dynamique longue et courte, analyse Benjamin Bitane de la Croix-Rouge. On a eu des pics de demandes, deux semaines après les attentats, avec 10 à 15 % d’inscriptions en plus, mais de manière générale sur trois ans la population est de plus en plus consciente de ce besoin. »


Les formations aux premiers secours prises d'assaut depuis les attentats


Des chiffres loin du compte


Suffisant ? « Malgré une vraie prise de conscience ces dernières années de l’importance des premiers secours, la proportion de la population formée reste très faible par rapport à d’autres pays », regrette Céline Guilbert, vice-présidente de la Fédération nationale des sapeurs-pompiers de France (FNSPF). Qui assure qu’en 2016, seulement 27 % de la population française a passé son PCS1.


Selon une étude de l’IFOP, « aujourd’hui 46 % des Français déclarent avoir suivi une formation ou une initiation aux premiers secours, souligne Benjamin Bitane, responsable du pôle formation de la Croix Rouge française. On est en-dessous des Allemands, Hollandais, Italiens et encore plus des pays scandinaves, où plus de 90 % de la population est formée. »


Comment améliorer la formation ?


Mais sous les chiffres, la réalité s’avère plus compliquée. « L’argument de la formation n’est pas forcément pertinent car dans les pays scandinaves, les taux de passage à l’acte sont très proches de ceux en France, nuance le responsable de la Croix Rouge. Or, on se forme pour sauver des vies ! Il faut donc réfléchir à comment faire pour que ces Français se sentent à l’aise pour prodiguer ces gestes. »


Et on est loin du compte... Selon une enquête d’Ifop pour la Croix-Rouge en mai 2017, 61 % des Français n’ont pas le réflexe immédiat de pratiquer un massage cardiaque face à une personne inconsciente qui ne respire plus.


« Certains se disent j’ai été formé il y a longtemps, mais j’ai peur de casser une côte, complète Céline Guilbert. Mais le pire, c'est de ne rien faire!»


Les associations encouragent donc ceux qui ont oublié les bons réflexes à repasser le PSC1 ou suivre des petits modules de recyclage avec les pompiers. La Croix-Rouge travaille aussi à développer du e-learning pour que ces gestes parfois impressionnants deviennent des réflexes. Avec par exemple une application qui proposerait des tests et des aides-mémoires. De même, les pompiers proposent un jeu sauvequiveut, pour que les jeunes puissent tester leurs connaissances en secourisme.


Miser sur la jeunesse


Une loi passée en 2004 vise à ce que l’ensemble des adolescents à la sortie du collège aie bénéficié d’une initiation aux premiers secours, voire le PSC1. Selon La Croix-Rouge, on ne serait aujourd’hui qu’à 30 %. Mais la sensibilisation commence bien plus tôt. La Croix-Rouge et d’autres associations initient aux premiers secours dès 3 ans. « J’ai vu lors des séances d’éveil des enfants de 3 à 5 ans capables de prévenir les secours, reprend Benjamin Bitane. Contrairement à l’idée reçue, les enfants ont moins de difficultés à prodiguer les premiers secours que les adultes. On a des faits divers où des enfants de 8 ans sauvent leurs parents. »


Et l’Education nationale semble avoir fait des efforts en ce sens : à l’école primaire, les enfants apprennent à faire les gestes basiques. « A la différence du collège, cela fait partie du programme, souligne Céline Guilbert en charge de la prévention à la FNSPF. C’est essentiel de former les adolescents, si on veut que la nouvelle génération ait cette culture. »


Former pour les risques du quotidien


Certes, la priorité, c’est de former davantage de Français car « la victime a besoin du grand public, reprend Benjamin Bentane. Qui rappelle que le délai moyen d’intervention des secours tourne aux alentours de 15 minutes. Et les premières minutes étant vitales, le témoin d’un arrêt cardiaque ou d’un étouffement peut sauver des vies. »


Mais au-delà d’un chiffre à atteindre, les associations mobilisées pour le 9 septembre insistent: les Français craignent les attentats et les accidents d’avions, bien moins mortels que les empoisonnements et noyades. D’où un module spécifique de 45 minutes proposé dans plusieurs villes ce samedi sur la Prévention des accidents de la vie courante. Pour éviter que le bout de viande coincé dans la gorge ne se transforme en drame.


 


« La France est en bonne voie pour rattraper son retard sur les premiers secours, mais elle a encore des efforts à faire entre autres sur les risques du quotidien, synthétise Benjamin Bitane. Par exemple, si un enfant avale du liquide vaisselle, seulement 38 % des citoyens savent qu’il faut lui rincer la bouche et appeler les secours alors que la plupart pensaient qu’il fallait le faire vomir. Beaucoup de Français sous-estiment ces dangers or il suffit parfois de petits aménagements dans un appartement pour l’adapter à un bébé. » Or, 20.000 personnes décèdent des suites des accidents de la vie courante chaque année.



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