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Vendredi 09 Mai 2014L’e-cigarette est une magnifique porte d’entrée vers le tabagisme.
L’e-cigarette est une magnifique porte d’entrée vers le tabagisme.J’en veux pour preuve que la majorité des jeunes qui utilisent l’e-cigarette n’avait jamais consommé de produits du tabac auparavant (1). Et ce d’autant que, les promoteurs de l’e-cigarette, à l'instar de l’industrie du tabac, ciblent les jeunes afin qu’ils deviennent des consommateurs réguliers en devenant dépendants de la nicotine et de l’acte de fumer (2). Une fois initiés, ces jeunes passeront au tabagisme bien plus facilement.

Lorsque l’e-cigarette est utilisée comme moyen de sevrage du tabagisme, les résultats sont modestes voire minimes comme avec les autres substituts de la nicotine. Ces derniers ne favorisent pas l’arrêt du tabagisme mais permettent de diminuer les symptômes de manque de nicotine pour la faible proportion de fumeurs qui a décidé préalablement d’arrêter de fumer.

Les auteurs d’une étude récente concluent que l’utilisation l’e-cigarette non seulement ne décourage pas mais encourage le tabagisme (3). En réalité, un grand nombre de fumeurs qui l’utilisent pour se sevrer, reviennent rapidement à la cigarette ou consomment les deux simultanément ou alternativement.

C’était parfaitement prévisible puisqu’il paraît difficile de se sevrer du tabagisme tout en conservant une consommation nicotinique et une gestuelle similaire sachant que la dépendance au tabagisme est autant psycho-comportementale que nicotinique.

Il est évident que l’industrie du tabac ne va pas se laisser dépouiller sans réagir. Cette industrie mortifère pesant des centaines de milliards d’euros qui réussit depuis des décennies à vendre des goudrons à inhaler qui tuent et rend malades ses consommateurs et leurs entourages, possèdent les ressources pour intégrer l’e-cigarette dans leur stratégie et leur propagande. C’est pourquoi, elle a déjà énormément investi dans le rachat et la production d’e-cigarettes afin de maintenir et même développer la consommation des produits du tabac.

L’industrie des cigarettes électroniques affirme que l’e-cigarette a déjà fait reculer le tabagisme. En réalité, il s’agit d’une diminution en trompe-l’œil puisque que les augmentations récentes des prix ont décuplé les achats dans les pays frontaliers. Et ceci a été considérablement amplifié par la décision des députés français d’autoriser l’achat de 10 cartouches de cigarettes et de 1000 cigares par personne et ce, à titre de consommation personnelle! Enfin, la contrebande de cigarettes qui est en croissance constante participe également à la diminution des chiffres officiels de la consommation tabagique.

Même si l’e-cigarette est beaucoup moins toxique que la cigarette de tabac, elle le reste néanmoins puisqu’elle contient de nombreuses substances chimiques comme le glycérol, le propylène-glycol et la nicotine. Si le glycérol ou le propylène-glycol sont stables à température ambiante, ils sont susceptibles de se transformer en produits toxiques lorsque la température atteint plusieurs centaines de degrés.

Il faut rappeler que la nicotine est un véritable poison. Quelques gouttes suffisent à tuer un cheval. Le jus de tabac est toujours utilisé comme insecticide mais aussi pour tuer les animaux et même les petites filles dans certains pays lorsqu’elles sont considérées comme des bouches inutiles. D’ailleurs, des milliers d’enfants ont déjà été intoxiqués en avalant le contenu de flasques de recharge d’e-cigarettes.

Il est certain que l’inhalation de glycérol, de propylène-glycol, de nicotine et de nombreuses autres substances chimiques pendant des années, se révèlera toxique au long cours. Mais il faudra des dizaines d’années pour le démontrer surtout si l’industrie du tabac, comme toujours, payent des médecins et des scientifiques pour générer le doute en falsifiant des études cliniques.

La première preuve de leur toxicité est que l’inhalation de ces vapeurs entraine des irritations des muqueuses de la bouche, de la gorge, du nez et des yeux, des sensations de malaises et des maux de têtes, de la nausée et des troubles digestifs. Ce qui prouve que l’organisme est agressé et, par conséquent, l’objet de phénomènes inflammatoires chroniques qui peuvent faire le lit d’un processus de cancérisation. Il est observé un stress cardiovasculaire caractérisé par des palpitations voire par des douleurs thoraciques en relation avec l’augmentation du rythme cardiaque et de la tension artérielle notamment lorsqu’il y a présence de nicotine. D’ailleurs, la consommation régulière de nicotine est connue pour favoriser le développement de l’artériosclérose et des maladies cardiovasculaires.

Il a été détecté des substances qui sont cancérigènes comme le formaldéhyde, l’acétaldéhyde, les nitrosamines et même des hydrocarbures polycycliques. Il existe aussi des métaux comme l’aluminium, le zinc et le plomb.

Toutes ces substances chimiques sont retrouvées dans la vapeur et sont par conséquent toxiques pour l’entourage (4). Mais la désinformation est déjà bien ancrée puisque beaucoup pense que l’e-cigarette ne rejette que de la vapeur d’eau!

Il est important de comprendre que le développement fulgurant de l’e-cigarette est la conséquence directe de décennies de valorisation et de banalisation de l’acte de fumer orchestrée par l’industrie du cinéma qui est asservie à l’industrie du tabac. Et réciproquement, la cigarette électronique contribue au développement du tabagisme en ouvrant une brèche à une nouvelle génération de consommateurs naïfs. Enfin, ce nouveau mode de consommation de la nicotine de masse, s’est développé librement et facilement parce que les autorités sanitaires ont laissé faire.

Il faut espérer que le gouvernement se réveille et décide à prendre les bonnes décisions afin d’assurer la protection des personnes qui pourraient être soumises aux émanations toxiques des cigarettes électroniques dans les lieux publics et au domicile.

Les enfants, qui sont déjà les victimes silencieuses et oubliées du tabagisme passif qui est responsable d’une mortalité et d’une morbidité insupportablement élevées, sont aussi parmi les premiers à faire les frais de cette nouvelle source d’intoxication domestique.

Ce serait un recul considérable dans la lutte contre la pollution de l’air intérieur si le gouvernement ne décidait pas rapidement d’interdire, comme pour le tabagisme, l’utilisation de l’e-cigarette, dans les espaces publics et bien évidemment à proximité des enfants.

Docteur Jean-Jacques HOSSELET

Pneumologue

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