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Mercredi 21 Février 2018Infarctus : moins bien dépistées et suivies, les femmes en meurent davantage que les hommes
Infarctus : moins bien dépistées et suivies, les femmes en meurent davantage que les hommes

Moins bien dépistées, moins suivies, les femmes sont davantage touchées par les infarctus... et en meurent surtout davantage.





 



Elles se battent pour accéder aux mêmes postes et salaires que les hommes, ou faire valoir leur droit à ne pas être harcelées dans la rue ou au travail. Mais savent-elles, ces femmes, qu'elles seraient tout aussi en droit de mener un autre combat pour l'égalité ? Celui d'être soignées par les médecins aussi bien que... les hommes.


On exagère ? En fait, non. La prise en charge des maladies cardio-vasculaires chez les femmes reste bel et bien "insuffisante, faute d'une bonne compréhension et connaissance de leurs spécificités biologiques", vient ainsi de répéter la Fédération française de cardiologie dans une campagne percutante. Après un infarctus, auquel elles sont désormais largement exposées, les femmes auraient en effet une mortalité supérieure de... 89 % à celle des hommes, avec un an de recul (+ 60 % à cinq ans), a ainsi révélé une étude anglo-suédoise portant sur une cohorte de 60 000 malades, dont un tiers de femmes. Mais pourquoi cet écart considérable ?


D'abord, en raison d'un retard de diagnostic. Les médecins peinent encore, dans leurs cabinets, à identifier certains symptômes atypiques de la maladie cardio-vasculaire chez la femme (lire ci-dessous). "À symptôme égal, une patiente qui se plaint d'oppression dans la poitrine se verra prescrire des anxyolitiques, alors qu'un homme sera orienté vers un cardiologue", déplorait ainsi, dans L'Obs, Catherine Vidal, neurobiologiste et membre du comité d'éthique de l'Inserm. Consultant tardivement en cardiologie, elles n'y recevraient pas non plus les mêmes traitements que les hommes (angioplasties et pontages) ni le suivi le plus attentif à la sortie de l'hôpital. "Les femmes sont les grandes oubliées de la lutte contre les maladies cardio-vaculaires, enfonce la Fédération française de cardiologie (FFC), qui se mobilise pour cette cause depuis des années. Cette situation est d'autant plus alarmante que ces maladies touchent les femmes de plus en plus jeunes, avec désormais 25 % d'accidents cardiaques survenant avant 65 ans, contre 15 % en 2002."



Claudine Junien, professeure émérite de génétique à l'UVSQ et chercheuse à l'Inra, mène elle ainsi un véritable combat pour inclure davantage de femmes dans la recherche et les essais cliniques, où elles ne sont pas assez présentes : "Pendant longtemps, la recherche concernant les femmes s'est concentrée sur la "médecine bikini", celle qui touche à la reproduction : utérus, vagin, ovaires et seins, explique-t-elle. Or, il existe de nombreuses spécificités biologiques chez la femme en dehors des organes reproducteurs." La Fédération française de cardiologie, de son côté, soutient des programmes de recherche spécifiques : co-construit avec l'équipe Inserm Université Paris Sud/Institut Gustave Roussy, l'un d'eux s'appuie sur une cohorte de la MGEN. Chez ces 100 000 femmes, il vise à évaluer le risque de développer une maladie coronaire, en fonction de leurs antécédents de santé et de leur mode de vie. Bref à créer un véritable "score de risque", permettant une meilleure prévention et un suivi personnalisé. On peut aussi noter l'étude "Young Women Presenting Acute Myocardial Infarction in France", à laquelle participe l'AP-HM, à Marseille, et qui s'intéresse pour sa part à l'infarctus du myocarde chez la femme jeune.


Signes d'alerte


Dans nombre de cas, un infarctus est précédé d'une douleur brutale et intense au niveau de la poitrine. Ce signe, chez les hommes, est parfaitement reconnu par les soignants mais aussi une très large part du grand public. Cependant, l'infarctus s'annonce plus fréquemment chez la femme par une pesanteur au centre de la poitrine ; une douleur qui part de la nuque ou de la mâchoire ; des suées, des nausées... Ou une faiblesse inattendue et de la fatigue, une anxiété inhabituelle ; une indigestion et des ballonnements ; une douleur entre les omoplates.


"Les médecins doivent être plus attentifs aux signes"


L'analyse du Dr Bernard Vaïsse, cardiologue à la Timone à Marseille


Pourquoi la femme meurt-elle désormais si souvent de maladies cardio-vasculaires?
Parmi les 20 000 consultations en cardiologie que nous enregistrons chaque année à La Timone, 55 % concernent des hommes et 45 % des femmes. On peut l'expliquer de différentes façons : d'abord, par le tabagisme. Les femmes fument plus que les hommes, et le tabac est un facteur majeur de risque cardio-vasculaire, comme le surpoids, la sédentarité, le stress, le cholestérol familial, auxquels sont aussi soumises les femmes. Bien que l'on manque de données françaises, il semble également qu'elles souffrent plus que les hommes d'un retard de diagnostic : les médecins doivent certainement être plus attentifs aux signes atypiques de la maladie cardio-vasculaire.


Enfin, notons que le pronostic peut aussi être moins bon chez la femme en raison de ses coronaires, un peu plus petites chez la femme : la pose de stent peut s'avérer plus délicate...


Que conseiller aux femmes ?
Dès la quarantaine, il faut qu'elles connaissent leur tension, leur cholestérol, leur glycémie. Et surtout si elles fument, sont en surpoids et sous pilule, elles doivent faire attention : des phlébites et des embolies, nous en voyons hélas souvent chez la femme de 30 ans...



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