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Mercredi 16 Mai 2018Arrêt cardiaque : quand le bloc opératoire s’invite dans la rue
Arrêt cardiaque : quand le bloc opératoire s’invite dans la rue

Après Paris, le Samu de Lyon utilise une technique qui permet d’assurer la circulation de sang oxygéné avec une machine, avant même d’arriver à l’hôpital.



Au cours d’une promenade sur les bords de la Saône, une femme s’écroule. Elle ne réagit plus, sa respiration est lente, bruyante. Elle est victime d’un arrêt cardiaque. Des témoins affolés appellent le Samu de Lyon. Le médecin régulateur leur explique alors comment réaliser les premiers gestes d’urgence. Les secours seront là d’ici à une dizaine de minutes. Une fois sur place, les urgentistes débutent une défibrillation automatisée, poursuivent le massage cardiaque, injectent de l’adrénaline… Mais rien n’y fait. Le cœur ne repart pas. Pourtant la patiente respire encore, ses pupilles réagissent: son cerveau fonctionne toujours. Ils décident alors de réaliser une circulation sanguine extracorporelle, ou ECMO (Extracorporeal Membrane Oxygenation). Longtemps réservée à la chirurgie cardiaque à cœur ouvert, cette technique permet d’assurer la perfusion des organes en sang oxygéné grâce à une machine qui joue le rôle du cœur et des poumons.




Le protocole a fait ses preuves : 38 % des patients victimes d’un arrêt cardiaque réfractaire à la réanimation en Île-de-France ont suvécu sans séquelles neurologiques




«En quinze à vingt-cinq minutes, nous sommes capables de transformer un salon, un coin de trottoir ou un magasin en bloc opératoire et installer la circulation extracorporelle», explique le Dr Pierre-Yves Dubien, coresponsable du Samu de Lyon. Cinq médecins de son service, dont lui-même, ont été formés durant deux ans à cette technique par des chirurgiens cardiaques. Sur des cadavres puis des patients, ils ont appris à introduire des canules dans la veine et l’artère fémorales au niveau du pli de l’aine. «La canule qui passe dans la veine remonte jusqu’à l’oreillette droite du cœur pour prélever le sang et le transporter à la machine pour qu’il soit oxygéné. L’autre placée dans l’artère remonte dans l’aorte pour réinjecter le sang», décrit le Dr Dubien, qui précise que l’intervention est pratiquée dans les mêmes conditions d’asepsie que dans un bloc opératoire.








 


Le Samu de Lyon, deuxième unité pionnière après Paris


Après le Samu de Paris en 2011, l’unité lyonnaise est la deuxième équipe française à se doter de cette technique. Lille devrait suivre à la rentrée prochaine. «L’essence du Samu est d’apporter l’hôpital au patient où il se trouve. Alors, on s’est dit qu’il fallait lui apporter l’assistance circulatoire», commente le Dr Lionel Lamhaut, urgentiste au Samu de Paris et promoteur de l’ECMO en médecine d’urgence. Et le protocole a fait ses preuves: 38 % des patients victimes d’un arrêt cardiaque réfractaire à la réanimation en Île-de-France ont survécu sans séquelles neurologiques, selon une étude dirigée par l’urgentiste parisien. «Ces patients qui survivent grâce à l’assistance circulatoire sont des malades que nous ne pouvions pas sauver auparavant», se réjouit-il.


 


Il faut dire que peu de gens survivent à l’arrêt cardiaque. Sur les 50.000 victimes prises en charge partout en France chaque année, seules 2 500 survivent. «Dans la région lyonnaise, 800 personnes nous appellent pour un arrêt cardiaque tous les ans. Parmi elles, 500 sont encore en vie et peuvent être réanimées mais seulement 35 sortent de l’hôpital», énumère le Dr Dubien. Aussi, près de 400 Lyonnais pourraient être sauvés grâce à l’ECMO.


Du moins en théorie. «La circulation extracorporelle ne peut être proposée qu’aux patients qui ont reçu un massage cardiaque immédiatement après leur effondrement et qui présentent un pronostic cérébral favorable», insiste l’urgentiste lyonnais. Quand le cœur s’arrête, le massage permet de relancer la circulation du sang et d’apporter de nouveau de l’oxygène aux organes et au cerveau.




«En Île-de-France, nous recevons environ 1 000 appels par an. Les équipes sont mobilisées environ 300 fois, et 60 à 80 patients sont sauvés grâce à l’ECMO»


Docteur Lionel Lamhaut, urgentiste au Samu de Paris




Malheureusement, le massage cardiaque d’urgence est encore trop rare. «En Île-de-France, nous recevons environ 1 000 appels par an. Les équipes sont mobilisées environ 300 fois, et 60 à 80 patients sont sauvés grâce à l’ECMO», indique le Dr Lionel Lamhaut. Depuis le lancement du protocole en septembre 2017 en région lyonnaise, le Samu l’a utilisé quinze fois, et a réussi à sauver quatre personnes. «On estime qu’une trentaine de patients pourraient en bénéficier tous les ans, ce qui permettrait de sauver une dizaine de vies», ajoute l’urgentiste lyonnais.


Pour sauver davantage de personnes, les deux urgentistes rappellent que la prise en charge d’un arrêt cardiaque est l’affaire de tous. Et en tout premier lieu celle des premiers témoins. «Chaque minute de perdue, c’est 10 % de survie en moins. Les secours mettent en moyenne treize minutes pour arriver sur les lieux. Si les témoins ne massent pas immédiatement, le patient est fichu», explique le Dr Lamhaut.




Sauv Life, une application pour localiser  les secouristes bénévoles


«C’est vraiment frustrant de voir mourir des jeunes gens alors qu’il y avait des témoins qui auraient pu les sauver», s’attriste le Dr Lionel Lamhaut, urgentiste au Samu de Paris. Le médecin parisien a donc eu l’idée de créer l’application Sauv Life, une communauté de citoyens secouristes bénévoles, pour iPhone et Android. «Quand le Samu reçoit un appel pour un arrêt cardiaque, il déclenche l’application. Celle-ci géolocalise les volontaires les plus proches du lieu de l’accident et leur envoie un message pour leur demander de l’aide», explique-t-il. L’algorithme sélectionne ensuite les quatre les plus proches et en envoie deux chercher un défibrillateur et deux autres auprès de la victime. Le Samu suit la progression de ces derniers et leur donne les instructions par téléphone.


Dans les prochains mois, elles seront données par visioconférence. Lancée à Paris, Lyon et Lille il y a deux mois, l’application a déjà été téléchargée par 35.000 personnes. Et certaines ont déjà été appelées. «Elles sont très surprises, elles ne pensaient pas être utiles si vite», raconte, amusé, le Dr Lamhaut. Il précise que la formation aux premiers gestes n’est pas un prérequis pour s’inscrire. «Le Samu est là pour vous conseiller. Et mieux vaut un massage maladroit que de ne rien faire», rassure-t-il.




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