Les actualités de notre association

Jeudi 21 Juin 2018Dr Jean-Jacques Charbonier: "Une expérience a changé ma vie et ma compréhension de la mort"
Dr Jean-Jacques Charbonier:

Entretien autour des expériences de mort imminente (EMI).



Médecin-anesthésiste, écrivain et scientifique français, Jean-Jacques Charbonier recueille depuis des années des témoignages de personnes disant avoir expérimenté une mort imminente. Entretien. 
Comment s’est déroulée votre première rencontre avec les expériences de mort imminente (EMI)? Et qu’est-ce qui vous a amené à les étudier?

À la fin de mes études de médecine, alors que je m’apprêtais à devenir médecin généraliste, j’ai vécu une expérience particulière lors d’un stage que j’effectuais en SAMU (service d’aide médicale urgente) ; j’ai perçu très nettement le départ de l’esprit du blessé de la route et je n’étais pas parvenu à réanimer cette personne-là. Cette expérience, que certains appellent ”expérience de mort partagée”, a changé ma vie et ma compréhension de la mort. C’est elle qui m’a conduit à devenir médecin anesthésiste réanimateur et à consacrer une bonne partie de ma vie aux recherches sur le fonctionnement de la conscience.
 



Pourquoi préférez-vous l’appellation “expérience de mort provisoire” à “expérience de mort imminente”?


Nous savons depuis une étude publiée en mars 2001 par les professeurs Visser Wienecke, Devries et Bakker, dans le journal de neurophysiologie américain, que 15 à 20 secondes après un arrêt cardiaque, l’activité électrique corticale cérébrale devient nulle ; ceci correspond à ce que l’on appelle une mort clinique. La définition médicale de la mort clinique est très précise: elle correspond à un EEG (électroencéphalogramme) plat. À ne pas confondre avec la mort cérébrale qui est une mort clinique qui, en se prolongeant, devient irréversible. Comme il faut en général plus de 20 secondes pour faire repartir un cœur arrêté, on peut en conclure que les expériences vécues pendant les arrêts cardiaques sont vécues pendant une mort provisoire avec un cerveau qui ne fonctionne plus. Il faut donc parler d’Expérience de Mort Provisoire: EMP et non EMI. Depuis environ à peine une petite trentaine d’années, les réanimateurs utilisent un nouveau terme médical: la ressuscitation (et non la résurrection) pour désigner ces retours à la vie après un arrêt cardiaque. Et pour parler de “retour” à la vie, il faut admettre que celle-ci était bel et bien partie. CQFD.1 

Comment définiriez-vous une expérience de mort imminente ou “cette chose”, titre de l’un de vos livres? Et pourquoi est-il si difficile de définir ce phénomène?



L’Expérience de Mort Provisoire est la mémorisation d’informations se produisant lors d’une expansion de conscience. Cette expansion de conscience se produit chaque fois que le cerveau réduit son activité de filtre et de tri réducteur. Ce phénomène est moins difficile à comprendre et à définir si on accepte le modèle que je propose sur le fonctionnement de la conscience2, mais il devient tout simplement impossible si on reste dans le dogme actuel du cerveau ”sécréteur de conscience”.
 


Pouvez-vous nous donner un modèle type d’une expérience de mort imminente?



Classiquement, les personnes qui vivent une EMP (expérience de mort provisoire) disent assister à leurs manœuvres de réanimation comme si elles étaient en dehors de leurs corps. Elles ont également la possibilité de voir des scènes qui se déroulent à très grande distance de leurs corps et de lire par télépathie les pensées des gens qui les entourent. Elles passent ensuite dans un tunnel au bout duquel elles pénètrent dans une lumière d’amour inconditionnel où elles reçoivent un enseignement: “il faut apprendre à aimer et à pardonner”. Elles se trouvent parfois plongées dans leur futur ou leurs vie futures, ainsi que dans leur passé ou même leurs vies passées. Elles comprennent que tout est juste et que nos épreuves terrestres sont là pour nous faire progresser. Elles rencontrent des défunts (famille ou amis) mais aussi les animaux qui les ont accompagnés. Il y a aussi souvent décrit une rencontre avec un être de lumière assimilé à Dieu, avec des anges ou avec des guides spirituels. En général, les expérienceurs n’ont pas envie de revenir dans leur corps physique, si bien que le retour à la vie est douloureux et nostalgique.


Par définition, la mort est un phénomène biologique irréversible. Pourtant, les expérienceurs sont réanimés par le soin des médecins anesthésistes-réanimateurs. Pouvons-nous dire que les expérienceurs aient été réellement morts pendant une EMI? Et partagez-vous cette définition de la mort?


La mort clinique n’est plus irréversible puisque l’on sait depuis peu refaire partir des cœurs arrêtés. Par contre, la mort cérébrale est aujourd’hui irréversible car les réanimateurs ne savent pas réanimer des cerveaux. Rien ne nous dit que cela ne sera pas possible un jour. On parvient à greffer des coeurs mais pas des cerveaux. Si le concept de conscience Extraneuronale (CIE)3 que je propose est juste, une personne greffée avec un nouveau cerveau se réveillera avec une mémoire et une personnalité intacte et non avec la mémoire et la personnalité du donneur. La définition de la mort comme non retour à la vie est variable en fonction des progrès de la réanimation. Il y a cinquante ans, quand un médecin constatait un arrêt cardiaque il signait un certificat de décès et déclarait la mort réelle et constante de la personne. Aujourd’hui, on utilise des défibrillateurs cardiaques et la mort clinique est souvent provisoire.


En quoi le phénomène de l’EMI a-t-il changé votre perception de la vie, de la mort et de l’après-vie, si après-vie il y a?


Dans toute l’histoire de l’humanité, c’est la première fois que certaines personnes peuvent revenir d’une mort clinique. J’ai collecté des centaines de témoignages de personnes qui ont connu une EMP. Tous ces récits montrent qu’une vie après la mort clinique avec un cerveau non fonctionnel est possible. Dire qu’une vie après la mort est impossible relève dans ces conditions d’une croyance tout à fait illogique.


Pourquoi le phénomène de l’expérience de mort imminente est-il toujours considéré par certains comme faisant partie de l’ésotérisme? Et comment combattre une telle tendance?


Les faits sont têtus. Les témoignages d’EMP sont avec les progrès de la réanimation de plus en plus nombreux et de plus en plus probants. Les croyants matérialistes qui sont persuadés que le cerveau fabrique la conscience sont désemparés devant tous ces récits qui contredisent leur croyance. Alors, ils préfèrent assimiler les EMP à des phénomènes ésotériques vécus par des menteurs, des fous ou des victimes d’hallucination. Mais cette tendance habituelle va nécessairement disparaître progressivement par la force des choses.


D’autres considèrent aussi que les EMI sont des expériences hallucinatoires dû à un dysfonctionnement du cerveau…


Admettre cette théorie hallucinatoire du dérèglement cérébral lors de l’arrêt cardiaque est la plus confortable car la moins dérangeante pour nos sociétés matérialistes. Mais elle ne tient pas la route une seconde devant la logique de certains témoignages d’EMP. Par exemple, comment une hallucination donnerait-elle la possibilité de recevoir une information inconnue et vérifiable secondairement? Comment une hallucination permettrait-elle de rencontrer un défunt inconnu et reconnu ensuite sur une photo appartenant à une personne que l’on n’avait jamais rencontré de sa vie? Comment une hallucination permettrait-elle de décrire une scène se déroulant à des kilomètres de son corps physique? 


Vous avez émis l’hypothèse selon laquelle il y aurait une double conscience: analytique et intuitive extra-neuronale. Comment en êtes-vous arrivé à prouver leur existence? Quel est le domaine d’activité de chacune d’elles, où se situent-elles et qu’est-ce qui les différencient? Et que pourrait expliquer la conscience intuitive intraneuronale ?


La modélisation de la Conscience Analytique Cérébrale (CAC) et de la Conscience Intuitive Extraneuronale (CIE) a été présentée dans une thèse de doctorat en médecine que j’ai dirigée et qui a été soutenue le 15 décembre 2014 par François Lallier à la faculté de médecine de Reims. Cette thèse portait sur l’étude de 118 cas d’EMP et dans la discussion nous avons exposé ce concept nouveau du fonctionnement de la conscience CAC et CIE. La CAC est l’activité du cerveau qui fait le tri des informations reçues par nos cinq sens. Quant à la CIE, elle exclut les informations qui ne sont pas conformes à nos apprentissages. La CAC déforme la réalité pour rendre nos perceptions acceptables en fonction de ce que nous avons appris. Tout ce qui est jugé inacceptable par la CAC est supprimé. Par exemple, dans une illusion d’optique la CAC va supprimer certaines lignes incohérentes pour les remplacer par d’autres afin de rendre une image conforme à nos apprentissages. Plus nos apprentissages sont longs, plus la CAC est présente. Les enfants ont donc moins de CAC que les adultes.
La CIE est la source d’informations délocalisée qui nous caractérisent et qui sont captées et traitées par la CAC. La CIE n’est pas produite par la matière ; elle est donc immortelle. Elle peut se relier à d’autres sources d’informations délocalisées. Les informations dissonantes de la CIE sont filtrées et censurées par la CAC car non conformes aux apprentissages. Pendant l’arrêt cardiaque, le cerveau est inactif. La CAC ne fonctionnant plus, la censure ne se fait plus jusqu’au retour à la vie où la CAC se réactive et fait oublier l’expérience dans la plupart des cas; il n’y a que 12 à 18 % d’expérienceurs lors des arrêts cardiaque. La CIE permet de comprendre non seulement l’expansion de conscience vécu lors d’un arrêt cardiaque, mais aussi d’autres phénomènes comme l’intuition, la prémonition, l’inspiration, la médiumnité, la voyance, la vision à distance du corps... On retrouve d’ailleurs toutes ces perceptions dites “extrasensorielles” dans les récits d’EMP.


Vous avez dit lors d’une conférence à la “Maison de la mutualité” le 4 février 2017, que parmi les personnes qui ont vécu un arrêt ou une mort clinique, seulement 12 à 18% des adultes disent avoir vécu une expérience de mort imminente contre 65% chez les enfants. Pourquoi une si grande différence?


Mon concept permet d’expliquer facilement cette différence. Je l’ai dit plus haut, la CAC qui censure les informations de la CIE est moins développée chez les enfants car les apprentissages matérialistes ne sont pas encore en place. Les enfants mémoriseront donc cette expérience beaucoup plus facilement que chez les adultes. La réduction de la CAC chez les enfants explique que jusqu’à l’âge de 7 à 8 ans, ils peuvent avoir des perceptions médiumniques, ils jouent avec des amis invisibles et ont des réminiscences de vies antérieures. Ensuite, l’éducation parentale et l’école les formatent pour que leur CAC censure toutes ces informations.


Pourquoi toutes les personnes qui ont vécu une mort clinique n’ont-elles pas tous vécu une expériences de mort imminente?


La CAC censure les informations reçues dès le retour à la vie. L’expérience est trop dissonante dans nos sociétés matérialistes: la décorporation, la télépathie, le contact avec les défunts... tout cela et le reste est très vite oublié. C’est la même chose quand on se réveille après une nuit de sommeil. On rêve toutes les nuits et plusieurs fois par nuit, et pourtant, à moins de noter dès le réveil les informations données par notre CIE pendant la nuit, il est impossible de s’en souvenir pour une majorité de personnes.


En 2012, un colloque a été organisé à la faculté de médecine de Casablanca (Maroc) autour de la thématique des expériences de mort imminente avec la présence de Sonia Barkallah, entre autres, et des “expérienceurs” marocains qui ont accepté de témoigner pour la première fois. À quand une conférence une Maroc?


Je suis très pris. J’ai dû refuser cette même invitation à la faculté de médecine de Casablanca car elle m’a été proposée quelques mois seulement avant sa réalisation. Mon calendrier pour les conférences ou colloques doit se prévoir au moins un an à l’avance. J’irais avec plaisir au Maroc si on me renouvelle cette invitation dans des délais suffisants.


Toutes les actualités