Les actualités de notre association

Jeudi 20 Mars 2014Agnès Bompeix, allergique à la fois au latex et à de nombreux aliments, vit un vrai parcours du combattant.
Agnès Bompeix, allergique à la fois au latex et à de nombreux aliments, vit un vrai parcours du combattant.Agnès Bompeix, allergique à la fois au latex et à de nombreux aliments, vit un vrai parcours du combattant.

C’est à l’âge de 18 ans que j’ai fait mon premier choc anaphylactique (choc allergique majeur). Seule dans ma chambre et prête à m’endormir, je n’ai pas immédiatement réalisé la gravité de mes symptômes (urticaire géant, bouffées de chaleur, gêne respiratoire) et n’ai tenté de donner l’alerte qu’au moment où j’étouffais littéralement, en allumant la lumière, avant de perdre connaissance.

Par un heureux hasard, ma mère a alors poussé ma porte, constaté mes convulsions et fait alerter les secours. Après m’avoir injecté de l’adrénaline (ma tension affichait deux à son arrivée), le médecin dépêché sur place a diagnostiqué le choc, indiqué que je n’étais pas transportable aux urgences en l’état et que, ne sachant pas quel était le facteur déclenchant, il était préférable que je passe la nuit dans une autre chambre, sous la surveillance d’un de mes parents en cas de récidive. Heureusement pour moi, il n’y en eu aucune.

Allergique au latex, aux acariens et à quelques pollens

Quelques jours après, j’ai consulté le médecin allergologue qui avait désensibilisé mon papa aux pollens et poils d’animaux une dizaine d’années auparavant. Je ne saurai jamais si c’est parce que celle-ci était proche de la retraite et pressée d’en finir ou non, mais elle a restreint les tests à une sélection de graminées et d’acariens, passant à la trappe l’alimentaire.

À la sortie de la consultation, mon allergie était confirmée pour le latex, les acariens et quelques pollens et j’avais pour seule consigne d’arrêter de consommer tout aliment dont l’absorption me picoterait la gorge.

À l’époque, bien que mon papa et l’un de mes frères soient allergiques, j’étais très peu familiarisée avec le sujet. Pour moi, celles-ci se limitaient à des éternuements, ou à une rhinite, mais en aucun cas à ce que je venais de vivre. Je savais également vaguement qu’enfant, j’avais eu une réaction sévère suite au gonflement d’un ballon de baudruche et qu’on m’en avait privée depuis, mais rien de plus.

C’est en remontant plus tard la chronologie des événements, que j’ai réalisé que j’avais en réalité ressenti des signes avant coureurs : gorge qui gratte en mangeant de la crème de marrons, éternuements continus au lycée le jour de mon choc.

En jeune femme sportive appliquant une parfaite hygiène de vie, j’avais simplement mis cela sur le compte de la fatigue de la rentrée et d’un possible coup de froid. Assommée par les traitements à base de cortisone des mois qui ont suivi, j’ai pour autant repris mon quotidien, n’en modifiant rien.

Trou noir après une intervention avec des gants en latex

Deux ans plus tard, à la sortie d’un restaurant, j’ai été prise de sensations bizarres : sueurs froides, douleur interne aux oreilles, difficultés grandissantes à respirer… J’ai alerté ma maman qui m’accompagnait (décidément) et a immédiatement prévenu les pompiers. Ceux-ci m’ont prise en charge au moment où l’œdème était tellement fort, qu’il m’était impossible de garder la bouche fermée.

Constatant le choc anaphylactique, nous avons foncé en direction de l’hôpital le plus proche.

Entre autres moments délicats ce jour-là, je dois citer le masque à oxygène, dont personne ne savait s'il était en latex ou non, le pictogramme n’étant pas clair.

Conséquence : pas de soutien respiratoire possible. S’en est suivie une perfusion par une infirmière portant des gants en latex, alors que les pompiers et ma maman avaient bien spécifié mon allergie dès mon arrivée.

Après le trou noir consécutif à cet événement, les médecins nous ont demandé de quitter les lieux, "faute de place pour me garder". Choquées et inquiètes de la légèreté de ces praticiens compte tenu de mon état, nous avons préféré quitter les lieux.

J'ai l'interdiction de manger tout un tas d'aliments

Remise après quelques semaines de convalescence (il faut réaliser que la remise d’un tel choc est particulièrement longue en raison de la fatigue physique qu’elle engendre), j’ai consulté un nouveau médecin allergologue, afin de définir une liste précise des aliments auxquels je pouvais réagir. Celle-ci a alors effectué un prick test occupant mes deux bras, complété par un grand nombre de prises de sang, ainsi que des tests respiratoires.

La liste était désormais claire : en plus du latex, s’ajoutaient certains poissons et crustacés (noix de Saint-Jacques, saumon, crevettes), ainsi qu’une vaste sélection de fruits et de légumes exotiques (marrons, châtaignes, avocat, banane, kiwi, mangue, papaye, litchi…) et le sarrasin.

Le traitement était sans appel : éviction totale, faute de solution de désensibilisation existante.

Je lis systématiquement la liste de tous les ingrédients

M’entendre dire cela à 20 ans, alors persuadée que le monde m’appartenait, a eu un goût d’injustice terrible et ces interdictions m’ont transposée dans un autre monde.

De ceux où on ne peut faire ses courses sans lire systématiquement la liste des ingrédients ; où l’on se rend compte que les quatre quarts bretons "recette originale" peuvent contenir de la fibre d’ananas ou encore les sauces bolognaise du bambou.

De ceux où il faut faire preuve de beaucoup de sang froid et de pédagogie lorsqu’un praticien de santé minimise le risque malgré vos interpellations, et refuse de retirer ses gants pour pratiquer une prise de sang ("quelques grattements ne vont pas vous tuer" - Si, justement, c’est une option possible), qu’un autre vous dit que tout cela n’est que psychologique, qu’un serveur souffle lorsque vous lui demandez des précisions sur un plat (la menace de l’arrêt cardiaque étant la parfaite douche froide) ou que votre grand-père vous dit de simplement mettre de côté ce que vous ne "voulez" pas manger.

Préservatifs, loisirs : une vigilance de chaque instant

La vie quotidienne d’un poly-allergique sévère peut à ce titre prendre des airs de combat.

Elle nécessite également beaucoup de prévoyance, qu’il s’agisse de certains rendez-vous médicaux (dentiste, gynécologue), des repas servis à bord de vols longs courriers (aucun problème pour les religions ou le végétarisme, mais c’est un parcours du combattant pour les gens dotés de mon profil), des loisirs du type plongée dont les équipements peuvent être en caoutchouc, des fêtes et réceptions dont le décor peut contenir des ballons ou le buffet des aliments totalement impossibles à identifier, avec un personnel qui ne sait pas toujours renseigner.

Et je ne parle pas des préservatifs spéciaux qu’il est préférable de toujours avoir sur soi.

Être allergique comme je le suis, c’est intégrer un décodeur permanent de son environnement. Être vigilant à chaque instant, car tout peut aller très vite : des pompiers qui vous prennent en charge suite à un accident de voiture, au traiteur qui vous livre au bureau et n’a pas pris soin d’établir une liste exhaustive des ingrédients du plat que vous avez commandé, l’incident est vite arrivé et peut être fatal.

Des amélioration, mais le spectre du choc plane toujours

Pour autant les choses évoluent, tant du point de vue de la maladie, que de sa prise en charge.

Dans le premier domaine, j’ai ainsi pu réintégrer la noix de coco à mon alimentation, ce qui est un vrai soulagement compte tenu de son utilisation massive dans les spécialités des pays que je visite régulièrement. Des évolutions sont possibles et l’atténuation est réelle.

Toutes les actualités